Jeunes : les ravages du porno

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1) Jeunes : les ravages du porno

Publié le 11/07/2002

Télé – médias – TELEVISION – A 12 ans, 1 sur 2 aurait déjà vu un film X

Jeunes : les ravages du porno - DDM

Ils ont douze ans à peine et la moitié d’entre eux a déjà vu un film porno. Les jeunes consomment du X – accessoirement par des cassettes échangées sous le manteau – essentiellement sur la parabole, les chaînes câblées ou cryptées. Une offre à portée de télécommande, par définition facile d’accès, qui s’attire les foudres du Conseil supérieur de l’Audiovisuel (CSA). Surtout à l’heure de l’attribution des canaux de la télévision numérique terrestre (TNT), où certains opérateurs de films pornographiques verraient dans cette forme de diffusion télévisée, une nouvelle poule aux oeufs d’or.

Mais, Dominique Baudis, président du CSA ne l’entend pas de cette oreille et souhaite modérer l’invasion du sexe, soutenant que la télévision ne doit plus accueillir de tels films afin de protéger les enfants.

Qu’il est loin, pour cette nouvelle génération de téléspectateurs, le temps pudibond où il était interdit de montrer ses genoux à la télévision. Désormais, la petite lucarne est devenue l’une des boîtes de Pandore du X. On compte pas moins de 943 diffusions par mois. Depuis sa création en 1984, Canal + diffuse le « porno du mois ». M6 présente un téléfilm érotique le dimanche soir. Mais l’essentiel du X est ailleurs, sur le câble et le satellite. Souvent en version « hard » où l’amour se fait à plusieurs, laissant libre cour à toutes sortes de pratiques, sodomie, fellation, fist fucking, tournantes…

LE X COMME UN COURS D’EDUCATION SEXUELLE

Initiés de plus en plus tôt à ce type de films, certains jeunes ne distinguent plus la fiction de la réalité, et, prennent le X comme un cours d’éducation sexuelle. Cela conditionne d’emblée une relation fondée sur des archétypes. Le garçon est présenté comme toujours prêt à l’acte, poussé par un instinct irrépressible, et la fille est montrée comme toujours disponible. On s’en doute, ces approches refusent aux ados la liberté de construire leur sexualité.

Faute d’informations, les jeunes s’imaginent être dans la norme et pensent même que leurs parents vivent comme cela.

Cette façon d’aborder la sexualité peut être à l’origine de débordements et déboucher sur des violences. Les tournantes – plusieurs garçons se relaient pour violer une fille – figurent à ce chapitre.

Le recours au porno comme moyen de découvrir de la sexualité serait-il le signe d’un manque de dialogue entre les parents et les enfants? Le sexe, en dépit de l’évolution des mentalités, reste encore un sujet tabou. Un manque à communiquer que le système éducatif a du mal encore à combler et qui incite les jeunes aux pires déviances.

La télévision, de son côté, essaie tant bien que mal, d’introduire une signalétique visant à détourner les jeunes regards des émissions ou films jugés choquants. Hier, le CSA annonçait qu’il était sur le point d’adopter une nouvelle signalétique. Celle-ci concernerait les émissions de télévision déconseillées aux jeunes et devrait entrer en vigueur à la mi-novembre. Elle se présenterait sous la forme d’un logo dans lequel sera inscrit l’âge en- deça duquel les programmes seront déconseillés.

Sophie VIGROUX

2) Baudis: « Les enfants plus importants que les bénéfices de telle ou telle chaîne »

Jeunes : les ravages du porno - DDM

Le Conseil supérieur de l’audio- visuel vient de demander aux chaînes de télé de retirer de leurs programmes les films X. Dominique Baudis, son président, s’explique.

DDM: Le CSA demande l’interdiction des films pornographiques à la télévision. Pourquoi maintenant?

D. Baudis: Nous avons reçu un rapport extrêmement alarmant émanant d’un collectif d’associations très diverses. Ce rapport fait apparaître que la moitié des enfants de 12 ans ont vu en totalité ou en partie un film pornographique. La visualisation de films pornographiques par des très jeunes et la généralisation de ce que l’on appelle les « tournantes » ne sont évidemment pas sans relation avec ce constat.

DDM: Entrent aussi en jeu les auditions du CSA pour l’attribution des canaux de la TNT.

D. Baudis: Oui, il y avait cinq chaînes qui demandaient à pouvoir diffuser des films pornographiques, dont certaines, nouvelles, se voulaient exclusivement pornographiques. J’ai soulevé le problème: certains ont dit « nous retirons la demande », d’autres ont dit « nous retirons la demande à la condition que la règle soit la même pour tous ». « Il n’y a pas de raison, me disaient-ils, qu’une chaîne puisse disposer de cet avantage concurrentiel par rapport à nous. » Donc nous sommes dans une situation ou soit on met un terme à la diffusion de films pornographiques, soit au nom du précédent qui a été créé et de l’égalité de traitement on va avoir une multiplication des chaînes diffusant des films pornographiques. Il y a actuellement plus de 100 films diffusés chaque mois.

DDM: N’y aura-t-il pas un problème de manque à gagner pour ces chaînes?

D. Baudis: Entre les intérêts particuliers en cause et l’intérêt général qui est celui de la protection des enfants, le rôle du CSA est de faire prévaloir l’intérêt général.

DDM: Faut-il prévoir un dispositif de compensation financière?

D. Baudis: Il y a une directive européenne disant que les films pornographiques perturbent l’épanouissement des jeunes et que la télévision ne doit pas en diffuser. Elle est respectée par beaucoup de pays, notamment l’Allemagne et l’Angleterre. La France ne la respecte pas. Encore une fois, il ne s’agit pas d’empêcher les adultes de faire ce qu’ils veulent -les adultes peuvent regarder des films pornographiques sur vidéocassette ou sur DVD. Ce que nous demandons c’est que de tels films ne soient pas diffusés à l’écran. Et c’est plus important que les bénéfices de telle ou telle chaîne.

Recueilli par Jean-Michel AMITRANO

 

3) Edwige Antier, Pédiatre : « Un film porno, c’est un viol de l’imaginaire »

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Pédiatre, Edwige Antier est aussi l’auteur de nombreux ouvrages pratiques centrés sur le monde des enfants.

A quel âge la notion de sexualité apparaît- elle chez l’enfant?

Dès la naissance, mais ce n’est pas la même que celle des adultes. Elle se manifeste par la sensation d’être un garçon ou une fille. Les petits bébés ont déjà des érections. Ils ressentent des petites pulsions qui n’ont rien à voir avec les nôtres jusqu’à la puberté.

C’est une découverte progressive. La télévision accélère ce processus et parfois de manière très brutale?

C’est une découverte sensorielle, psychique et non sexuelle. La télévision peut rendre pervers ce processus. Un film porno, c’est un viol de l’imaginaire de l’enfant. C’est extrêmement grave. L’enfant a conscience de son sexe, mais il n’a pas de sexualité. Pour bien se construire en tant qu’être social, il ne faut pas qu’il soit submergé par des choses qui ne sont pas de son âge.

Cela va-t-il le rendre plus précoce?

Pas du tout. Cela les tord. Cela les rend pervers. Cela donne une distorsion de l’image mentale qu’ils se font de la relation sociale.

Comment cela peut-il influencer leur comportement sexuel à l’âge adulte?

Les enfants commencent à voir des films pornos à 10 ans. Ensuite, ils ne rêvent que d’une chose, l’expérimenter. Dans leur tête, ils se font plusieurs filles à la fois. Ceux qui ne passent pas à l’acte ont un imaginaire bouleversé. Les filles aussi ne savent plus ce qu’elles doivent accepter ou non. Il y a une distorsion entre le physique et le mental. Quand ils deviennent des hommes accomplis, ce qui va faire la différence, c’est le modèle parental.

Quelle protection mettre en place contre le X?

Il faut empêcher ces films. La meilleure protection- et j’interpelle le CSA, les afficheurs, internet – au plan familial, c’est de leur en parler avant même la puberté en insistant sur le fait que ce n’est pas du tout comme cela qu’on fait l’amour. Il faut leur expliquer que les filles font semblant pour le film. Les ados en seront soulagés.

Recueillis par Sophie VIGROUX.

 La Dépêche du Midi

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